Violences Éducatives Ordinaires (VEO) : définition, exemples, effets et loi en France

Mise à jour : Juin 2026

Le sujet reste sensible, parce qu’il touche à des gestes et à des paroles longtemps présentés comme normaux. Une tape, une menace, une humiliation, un chantage affectif, un cri répété pour obtenir l’obéissance. Ces pratiques ont parfois été transmises comme de simples méthodes éducatives. Pourtant, elles relèvent des violences éducatives ordinaires.

Depuis plusieurs années, le cadre légal et les connaissances sur le développement de l’enfant vont dans le même sens : la violence, même banalisée, n’est pas un outil éducatif. Elle peut fragiliser la sécurité affective, altérer la relation avec l’adulte et installer un stress inutile dans le quotidien.

Selon l’UNICEF, en 2024, près de 400 millions d’enfants de moins de 5 ans, soit 6 sur 10, subissent encore régulièrement une forme de discipline violente à la maison. Ce chiffre rappelle une réalité simple : le sujet n’a rien de marginal.

Sommaire

Que sont les violences éducatives ordinaires ?

Les violences éducatives ordinaires, souvent abrégées en VEO, désignent les violences physiques ou psychologiques utilisées dans une intention éducative. Elles ne sont pas toujours pensées comme de la maltraitance par l’adulte qui les exerce. C’est précisément ce qui les rend difficiles à repérer : elles sont souvent banalisées, minimisées ou justifiées au nom de l’autorité, de l’habitude ou de l’efficacité immédiate.

Les VEO peuvent prendre des formes physiques, comme une fessée, une tape, une secousse ou une traction brutale. Elles peuvent aussi être verbales ou relationnelles : crier, menacer, humilier, ridiculiser, faire peur, rabaisser, comparer, ignorer volontairement la détresse d’un enfant ou utiliser le chantage affectif.

Il ne s’agit donc pas seulement des coups. Une phrase répétée qui écrase, une menace qui terrorise, une moquerie qui humilie ou une punition infligée dans la colère peuvent aussi faire partie de ces violences ordinaires.

Les VEO ne doivent pas être confondues avec les douces violences. Les deux notions se croisent parfois, mais elles ne recouvrent pas exactement la même réalité. Les douces violences renvoient souvent à des gestes du quotidien banalisés, intrusifs ou peu respectueux du rythme de l’enfant. Les VEO renvoient plus directement à l’usage de la violence, physique ou psychologique, dans un but éducatif.

Une mère câline son enfant pour lui apporter réconfort et sécurité émotionnelle

Exemples concrets de violences éducatives ordinaires

Les exemples permettent de mieux comprendre de quoi il s’agit.

Parmi les exemples fréquents de VEO, on retrouve notamment :

  • la fessée, la tape, le pincement ou le geste brusque pour faire obéir ;

  • les cris répétés, surtout quand ils servent à intimider ;

  • les menaces du type « si tu continues, je te laisse là » ;

  • les humiliations, comme traiter un enfant de capricieux, paresseux, méchant ou insupportable ;

  • les comparaisons dévalorisantes avec un frère, une sœur ou un autre enfant ;

  • le chantage affectif, par exemple « si tu fais ça, maman ne t’aime plus » ;

  • le fait de nier systématiquement l’émotion d’un enfant avec des phrases comme « arrête de pleurer pour rien » ou « tu n’as aucune raison d’être triste » ;

  • les sanctions posées dans la colère, avec pour seul objectif de faire taire ou de soumettre.

Le point commun entre ces pratiques n’est pas la gravité apparente du geste pris isolément. C’est leur logique. Elles cherchent à obtenir un comportement par la peur, la douleur, la honte ou la mise sous pression.

Pourquoi ces pratiques ne sont pas anodines

Les VEO peuvent sembler efficaces sur le moment. L’enfant se tait, s’arrête ou obéit. Mais cette efficacité immédiate est trompeuse. Elle ne signifie pas que l’enfant a compris, intégré une règle ou développé une compétence. Elle signifie souvent qu’il a cédé sous l’effet de la peur, du stress ou du rapport de force.

L’OMS rappelle que les châtiments corporels nuisent à la santé physique et mentale des enfants, augmentent les problèmes de comportement au fil du temps et n’ont aucun effet positif. Elle souligne aussi leur association avec une hausse de l’agressivité, des comportements antisociaux, des difficultés de développement cognitif et socio-émotionnel, ainsi qu’une relation familiale plus fragilisée. Autrement dit, la violence ne construit pas le cadre. Elle impose une soumission immédiate qui peut coûter cher à moyen et long terme.

Un enfant qui grandit avec la peur de l’explosion adulte apprend souvent autre chose que la règle elle-même. Il apprend à se méfier, à se crisper, à mentir pour éviter la sanction, à se dévaloriser ou à reproduire plus tard le même type de réactions.

Cela ne veut pas dire qu’un parent qui a crié une fois a détruit son enfant. Ce serait absurde. En revanche, cela oblige à regarder les pratiques éducatives avec lucidité. Le fait qu’elles soient banalisées ne les rend pas sans effet.

VEO, stress et développement de l’enfant

Chez le jeune enfant, le cerveau est encore en plein développement. La capacité à réguler les émotions, à différer, à mettre des mots sur ce qui se passe et à revenir au calme dépend largement de l’adulte. Attendre d’un tout-petit qu’il se maîtrise comme un adulte n’a donc aucun sens. Pour approfondir ce point, l’article sur les neurosciences et le cerveau de l’enfant de 0 à 3 ans permet de mieux comprendre ce qui se joue dans les premières années.

Quand l’enfant est exposé de manière répétée à des cris, à des menaces ou à des gestes violents, son organisme réagit comme face à un danger. Le stress monte, le corps se met en alerte, l’émotion déborde. À répétition, ce climat peut fragiliser la sécurité intérieure, compliquer la régulation émotionnelle et installer des réactions de défense.

C’est aussi pour cette raison que certaines scènes du quotidien sont mal interprétées. Une crise, un refus, une opposition ou des pleurs ne sont pas forcément de la provocation. Chez les jeunes enfants, il s’agit souvent d’une compétence encore immature, d’une fatigue, d’une surcharge ou d’un besoin non formulé.

Cela ne supprime pas le besoin de cadre. Cela change la manière de le poser.

Ce que dit la loi en France depuis 2019

En France, la loi du 10 juillet 2019 a inscrit un principe clair dans le Code civil, article 371-1 : l’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques.

Ce point est important, parce qu’il ferme enfin une ambiguïté ancienne. La violence ne fait pas partie des moyens éducatifs légitimes. Ce principe concerne les châtiments corporels, mais aussi les violences verbales et psychologiques.

Le but affiché par le législateur est d’abord normatif et préventif : clarifier que la violence ne fait pas partie des moyens éducatifs légitimes et affirmer le droit de l’enfant à une éducation sans violence.

Le texte a aussi renforcé la place de la prévention dans la formation des professionnels de la petite enfance, notamment autour des violences éducatives ordinaires. Ce n’est pas anecdotique. Cela montre que le sujet ne relève pas seulement de la sphère privée. Il concerne aussi la qualité de l’accueil, de l’accompagnement et des pratiques professionnelles.

Une main adulte tenant celle d’un enfant, symbolisant le soutien et la connexion émotionnelle

Quelle place pour les assistantes maternelles ?

L’assistante maternelle n’a pas à juger les familles ni à leur faire la leçon. En revanche, elle a un rôle réel dans la prévention des VEO, parce qu’elle travaille au plus près du jeune enfant, de ses besoins et de son développement.

Son premier levier, c’est sa posture professionnelle. Accueillir l’enfant avec un cadre stable, une parole mesurée, des limites claires et une attention réelle à ses émotions, c’est déjà proposer un autre modèle relationnel.

Son deuxième levier, c’est la transmission. Quand une difficulté revient souvent, mieux vaut décrire des faits précis que commenter les personnes. Dire qu’un enfant a eu du mal à quitter le parc, qu’il a semblé épuisé ou qu’il s’est apaisé avec une transition claire est plus utile que de parler de caprice ou de mauvais caractère.

Son troisième levier, c’est le dialogue avec les parents. Certaines formulations peuvent ouvrir un échange sans braquer : rappeler l’âge de l’enfant, expliquer ce qui aide concrètement, montrer ce qui fonctionne dans l’accueil, proposer des repères communs. L’idée n’est pas de corriger les parents. L’idée est de soutenir une cohérence respectueuse de l’enfant.

Enfin, il faut garder une ligne nette : les VEO banalisées ne doivent pas faire oublier qu’il existe aussi des situations de maltraitance caractérisée. Quand les faits sont préoccupants, répétés ou graves, la question ne relève plus d’un simple désaccord éducatif. Elle entre dans le champ de la protection de l’enfance. Concrètement, cela peut passer par une information préoccupante transmise à l’Aide sociale à l’enfance, selon les circuits définis par le conseil départemental, en lien avec la PMI.

Comment prévenir les VEO au quotidien

Prévenir les violences éducatives ordinaires ne consiste pas à devenir un adulte parfait. Cela consiste à sortir d’automatismes inefficaces et à remplacer la peur par un cadre plus solide.

Quelques repères changent déjà beaucoup de choses :

  • poser une limite sans humilier ;

  • décrire un comportement au lieu d’étiqueter l’enfant ;

  • différer une réaction quand la colère déborde ;

  • annoncer une transition plutôt que l’imposer brutalement ;

  • garder des règles simples, stables et compréhensibles ;

  • réparer après un débordement au lieu de faire comme si de rien n’était.

Un adulte peut se tromper, crier, réagir trop vite. Le sujet n’est pas de nier cette réalité. Le sujet est de ne pas en faire une méthode éducative. Reconnaître un dérapage, revenir sur une parole blessante et ajuster sa pratique vaut toujours mieux que défendre l’indéfendable au nom de la tradition.

Pour prolonger cette réflexion, l’article sur comment fixer des limites avec bienveillance permet d’aller vers des alternatives concrètes, sans basculer dans le laxisme.

À retenir

Voici les points clés à retenir de cet article :

  • Les violences éducatives ordinaires regroupent les violences physiques et psychologiques utilisées pour corriger, faire obéir ou contrôler le comportement d’un enfant.

  • Leur banalisation ne les rend pas anodines.

  • Les recherches internationales les associent à un stress accru, à une relation adulte-enfant plus fragile et à des effets défavorables sur le développement et la santé mentale.

  • Depuis 2019, la loi française rappelle clairement que l’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques.

  • Les assistantes maternelles ont un rôle concret dans la prévention, par leur posture, leurs transmissions et la qualité du cadre proposé à l’enfant.

Conclusion

Les violences éducatives ordinaires ne relèvent pas d’un débat de style parental. Elles posent une question plus simple et plus exigeante : qu’est-ce qu’un adulte considère comme acceptable pour obtenir l’obéissance d’un enfant ?

Aujourd’hui, les repères sont clairs. Humilier, terroriser, frapper ou soumettre ne construit ni l’autorité, ni la sécurité affective, ni l’apprentissage. Cela peut produire du silence, parfois de l’obéissance immédiate, mais pas un cadre éducatif solide.

Remettre ces pratiques en question n’a rien d’idéologique. C’est un enjeu de respect de l’enfant, de cohérence professionnelle et de santé publique.

Pour les professionnelles de l’accueil individuel comme pour les familles, le vrai cap n’est pas la perfection. C’est la lucidité, l’ajustement et le refus de banaliser ce qui abîme.

Des réponses à vos questions

FAQ

Une violence éducative ordinaire est une violence physique ou psychologique utilisée pour corriger, faire obéir ou obtenir un comportement. Elle peut prendre la forme d’une fessée, d’un cri humiliant, d’une menace ou d’un chantage affectif.

Les VEO renvoient à l’usage de la violence dans un but éducatif. Les douces violences désignent plutôt des gestes ou attitudes banalisés, intrusifs ou peu respectueux du rythme de l’enfant, sans relever nécessairement d’une intention de corriger par la violence.

Depuis 2019, le Code civil pose le principe que l’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques. La fessée ne fait donc plus partie des moyens éducatifs reconnus comme légitimes. La loi n’a pas créé d’infraction pénale spécifique, mais les qualifications pénales existantes en matière de violences sur mineur restent applicables.

Crier ponctuellement sous le coup de la fatigue ne résume pas à lui seul une pratique éducative. En revanche, les cris répétés utilisés pour intimider, humilier ou soumettre un enfant entrent dans le champ des violences éducatives ordinaires.

Oui. Les violences éducatives ordinaires ne se limitent pas aux gestes physiques. Les humiliations, les menaces, les cris répétés pour intimider, le chantage affectif ou les paroles qui rabaissent un enfant peuvent aussi relever des VEO. La loi de 2019 vise d’ailleurs les violences physiques comme les violences psychologiques.

Les exemples les plus fréquents sont la fessée, les tapes, les cris répétés pour faire peur, les menaces, les humiliations, les comparaisons dévalorisantes et le chantage affectif. Le point commun est l’usage de la peur, de la douleur ou de la honte pour obtenir l’obéissance.

Oui, par leur posture professionnelle, la qualité du cadre proposé à l’enfant, leurs transmissions aux parents et leur capacité à nommer les besoins du jeune enfant sans jugement inutile.

Quand les faits paraissent répétés, préoccupants ou dépassent le cadre d’un simple désaccord éducatif, la question n’est plus seulement celle des VEO. Elle relève alors de la vigilance professionnelle et, si besoin, du champ de la protection de l’enfance.

Image de Julie Questel

Julie Questel

Julie Questel est l’auteure du livre Le Grand Guide de l’Assistante Maternelle, de l’agrément au quotidien et la fondatrice du site Chez Nounou Julie. Professionnelle de la petite enfance, elle partage depuis plusieurs années des ressources professionnelles destinées aux assistantes maternelles et aux parents employeurs. Ses analyses et contenus sur l’accueil individuel et la réglementation de la petite enfance sont également relayés dans plusieurs médias professionnels du secteur, notamment le Magazine Assistantes Maternelles, le podcast Parole d’Assmat et la plateforme Les Pros de la Petite Enfance.

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